• "Naie pas peur Danielle"

    TÉMOIGNAGE DE DANIELLE SUSSER

      

      Danielle Susser a 4 ans lorsqu’elle est poursuivie par les nazis. Mais elle ne le sait pas. Elle a 4 ans lorsqu’elle est séparée de sa famille qu’elle ne peut plus voir librement sans risquer sa vie et sans que les siens risquent la leur. Nous sommes en 1942, quand à Paris, les rafles s’intensifient pour arriver à leur apogée les 16 et 17 juillet 1942 où 13152 personnes "de race juive" selon les critères du gouvernement de Vichy, dont 4115 enfants, sont arrêtées par 7000 policiers et gendarmes français, enfermées au vélodrome d’Hiver où la police les maintiendra sans aucune nourriture, avec un seul point d’eau, pendant 5 jours. En plein Paris, c’est le début de leur extermination qui se terminera au camp d’Auschwitz par la mort pour la plupart d'entre eux. Danielle Susser a 4 ans lorsqu’un miracle se produit : la rencontre avec une femme éprise de justice et d’égalité. Danielle nous raconte aujourd’hui ce qu’a été pour elle "le paradis".

     

    - Vous aviez 4 ans quand vous arrivez à Mazangé ?

    - Approximativement, parce que lorsque j’ai commencé à questionner mes parents, ils avaient oublié la date exacte : certainement après la rafle du Vel d’Hiv 42 : tous les parents ont pris peur quand ils ont vu qu’on ramassait aussi les enfants.

    - C’était le 16 et le 17 juillet 1942.

    - Oui voilà, certainement après la rafle du Vel d’Hiv.

    - C’est cette rafle énorme où plus de 13000 juifs dont plus de 4000 enfants ont été parqués au vélodrome d’hiver à Paris (d’où le nom Vel d’Hiv) avant d’être envoyés dans les camps de la mort.

    - Voilà.

    - Donc à ce moment-là, ils ont pris peur parce que les rafles s’intensifiaient et ils décident de vous envoyer chez Mme Métral …

    - Mme Métral était la nourrice qui me gardait à Paris quand mes parents travaillaient. Mais Marthe Métral, ce n’est pas un bon souvenir : ma mère m’a toujours dit après adulte quand j’étais en âge de comprendre : « Elle aurait rêvé qu’on soit déportés comme ça elle t’aurait gardée ».

    - Un petit peu – toutes proportions gardées – comme les biens des juifs ont été saisis, enfin volés par d’autres…

    - Par les voisins, oui oui.

    - Donc vous la connaissiez. Et vos parents mettent au point, avec Mme Métral de vous mettre à l’abri à Mazangé ?

    - C’est pas tout à fait ça. Mme Métral me gardait à Paris et en vacances à Mazangé.

    Mon père est venu me voir pour me mettre à l’abri mais il a trouvé que j’étais très mal soignée alors il a cherché une nourrice à Mazangé et là, il a rencontré Suzanne Marsollier… Marthe Métral qui avait cet attachement passionné pour moi, voulait continuer à me garder alors elle est allée dire dans le village qu’on était … que mon père était juif et qu’il était « tubar »…

    - Elle disait qu’il était tuberculeux ?

    - Oui. Donc mon père a rencontré Suzanne Marsollier, il lui a dit : « juif, c’est vrai, tuberculeux, non. » Et « voulez-vous garder ma petite fille ? »

    - Donc dès le départ, tout le village a su que vous étiez juifs ?

    - Alors là je l’ignore totalement. Après, Suzanne n’a pas été crié sur les toits « je garde une petite fille juive », elle a dû dire « c’est une petite parisienne, ou c’est ma petite cousine. » A Paris, on crevait de faim. Donc il y avait aussi des enfants non juifs qui étaient répartis dans les campagnes. Maintenant, est-ce qu’il y a eu des soupçons ?... J’ai gardé mon nom, je me suis toujours appelée Danielle Susser.

    - Alors, justement, Michel, nous a raconté qu’on vous appelait Danielle Marsollier à l’école ?

    - A ça j’ignore.  Suzanne ne m’en a jamais parlé. J’ai des cousins qui ont dû eux changé de nom et que ça a perturbé.

    - Ils avaient carrément changé de carte d’identité.

    -Voilà, moi je suis restée dans ma tête Danielle Susser. « Juif », on ne prononçait même pas le mot.

    - En 1942, votre père est rapatrié d’Allemagne où il est prisonnier de guerre ?

    - Il a été gravement malade en Allemagne et les allemands ont été très corrects – il était soldat français, il n’a jamais été inquiété comme juif, en plus avec un nom qui pouvait passer pour alsacien – donc, il a été rapatrié à l’hôpital de Créteil. Une fois qu’il a été guéri, on lui a dit : « Et bien Susser, vous rentrez chez vous. » C’est là qu’il a dit : « Je ne peux pas, il y a les scellés sur mon appartement, je suis juif. »

    - Ah, il l’a dit !

    - Oui il l’a dit au directeur de l’hôpital. Et le directeur de l’hôpital lui répondu : « Vous resterez à l’hôpital jusqu’à la fin de la guerre. » Donc, si vous voulez le directeur de l’hôpital mériterait aussi la médaille des Justes.

    - Ça c’est extraordinaire. Par contre, quand il y a les scellés sur votre appartement, vous vivez où avec votre maman, vous êtes déjà avec Marthe Métral ?

    - J’ai complètement oublié la chronologie. Ce que je vous raconte, c’est mes parents qui me l’ont raconté. Je sais que pendant l’occupation, ma mère se cachait, elle vivait dans des chambres de bonnes, à droite, à gauche. Des amis pour l’héberger, il n’y en avait plus.

    - Ses frères et sœurs étaient partis à Nice où ils se sont fait prendre par la gestapo.

    - A Nice oui. Elle avait un frère aîné Aaron Storch et son beau-frère Jacob Szeier l’un déporté à Auschwitz et l’autre déporté dans les pays baltes à Kaunas par le convoi 73. Le convoi 73 a longtemps été oublié. C’était un convoi exceptionnel de 900 hommes, où il y avait d’ailleurs le père et le frère de Simone Veil. Après les survivants, les descendants de ce convoi se sont retrouvés au hasard, en publiant une notice nécrologique dans le Monde et ils se sont retrouvés comme ça il y a une quinzaine d’années. Le convoi 73 a enfin été découvert à cette occasion et mis à l’honneur.

    - Et le frère de votre mère, Aaron Storch, et son beau-frère, Jacob Szeier, ils se sont fait prendre en arrivant à Nice, à la descente du train ?

    - Ah pas tout de suite. L’occupation de Nice par les italiens se faisait en douceur mais après les allemands ont exigé des italiens qu’ils prennent leurs juifs et là, ça a été la souricière. Pour vous dire que ma mère était seule à Paris…

    - Elle se cachait dans des chambres…

    - Des chambres de bonnes, là j’ignore tous les détails. Elle-même avait dû oublier, elle me disait que c’était quand même des chambres de bonne, qu’il faisait froid, que c’était sale, glacial.

    - Et donc votre mère – votre père de toute façon était prisonnier ou hospitalisé – mais votre mère n’a jamais été se déclarer comme juive ?...

    ...

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    "Naie pas peur Danielle"

     

    Quand Eliane Martelière emmenait Danielle à la messe (1944 ?) -

    la petite Danielle souriante est assise sur le rebord de la fenêtre